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14 décembre 2017

Entretien avec Cloé Mehdi pour son roman « Rien ne se perd » édité chez Jigal


Cloé Mehdi, est l’auteur de « Rien ne se perd » paru chez Jigal, ce second roman m’a mis une gifle, car la plume est noire, violente, dure, je vous le recommande, vous ne sortirez pas indemne de sa lecture. Il est à noter que le premier roman de Cloé « Monstres en Cavale » paru aux Editions du Masque a été primé à Beaune en 2014, et que « Rien ne se perd » est nominé dans pas moins de 6 prix à ce jour. Je croise les doigts pour elle car elle le mérite amplement, son roman marquera ses lecteurs tant l’écriture est maitrisée et mature. Je profite de cette introduction pour remercier d’une part Cloé, pour sa gentillesse et sa disponibilité, ainsi que Jimmy Gallier qui m’a donné l’opportunité de faire cette première interview. Soyez-en ici remerciés.

Osez les livres : Ma première question est la suivante : pourquoi avoir choisi un enfant de 11 ans comme personnage central ?

Cloé Mehdi : Le thème de Rien ne se perd est assez casse-gueule. J’ai pensé qu’il valait mieux le traiter de biais, à travers un regard et un personnage auxquels on ne peut que s’attacher, au-delà des questions soulevées dans le roman. Et en règle générale, d’après les retours, c’était une bonne idée. Même les critiques qui n’étaient pas convaincus par le sujet évoqué ont souligné le fait que les personnages étaient très attachants. Au final c’est la seule chose qui importe. Si on compatit on écoute ce qu’ils ont à dire.

Osez les livres : D’où as-tu tiré le thème de ton roman ? Et pourquoi avoir choisi les « bavures policières  » en thème de fond ?

Cloé Mehdi : La vie quotidienne, les infos… en tendant un peu l’oreille on s’aperçoit que ces « bavures » sont bien plus courantes qu’on ne l’imagine. Mais elles sont traitées en fait divers et elles ne marquent pas les esprits, en tout cas pas assez pour pouvoir se dire « attends mais j’ai déjà entendu ça y a pas si longtemps, ça commence à faire… ». Alors que, quand on s’y penche, c’est toujours la même histoire qui se répète au détail près. Un exemple : la première autopsie conclut toujours à une mort accidentelle (défaillance cardiaque ou pulmonaire), et systématiquement c’est la contre-autopsie, réclamée par la famille de la victime, qui démontre qu’il y a eu des violences. Mais très peu de gens s’en aperçoivent. Quand on suit un peu ce genre d’affaire on devine très facilement, à l’avance, les différentes étapes que l’instruction va traverser. Jusqu’à l’acquittement final évidemment. Pour Rien ne se perd, je suis partie de ce postulat : à force de jouer avec le feu il y a forcément un moment où on se brûle, et qu’est-ce qui se passera ce jour-là ? J’ai écrit ce roman en imaginant une des réponses probables.

Osez les livres : Pourquoi avoir choisi le roman Noir pour t’exprimer ?
Cloé Mehid : Je n’ai jamais trouvé deux définitions semblables du roman noir… ni même du polar. J’écris un truc, et à la fin, en relisant, je me dis tiens, on dirait du roman noir. Ça me permet de cibler les maisons d’édition, mais c’est tout. Je ne me cantonne pas à ça, même si mes deux bouquins se sont définis dans ce genre (encore qu’on me dit régulièrement ça c’est pas du polar, ça c’est pas du roman noir… au fond est-ce que c’est important ?)

Osez les livres : Quel a été le personnage Le plus difficile à créer ? Et pourquoi ?
Cloé Mehdi : Franchement c’est allé un peu tout seul. Je ne sais pas pourquoi, de tous les bouquins que j’ai écrits (il y en a une tonne mais dans le lot pas mal de merdes), Rien ne se perd a été le plus facile à écrire : l’histoire et les personnages coulaient de source.

Osez les livres : En lisant ton roman, on peut le rapprocher de certains « faits divers » trop souvent en première page de nos journaux . T’es tu inspirée d’un fait divers en particulier ?

Cloé Mehdi : Non, ce sont vraiment les « faits divers » accumulés qui m’ont poussée à l’écrire. Après, quand je résume le roman, les gens pensent tout de suite à Zyed et Bouna, ces deux gamins morts dans un transformateur électrique en 2005. Tout le monde s’en souvient alors que ce n’est pas forcément la bavure la plus emblématique, au sens où ils n’ont pas été tués à coup d’étouffement, de clé de bras ou de balles, mais eux, personne ne les a oubliés. Parce qu’ils étaient très jeunes… et parce qu’il y a eu les émeutes. C’est ça qui a marqué les esprits. Comme quoi il faut vraiment y aller fort pour que ça se grave. Donc d’un côté les gens étaient scandalisés par la réaction des habitants de certaines cités. Et d’un autre côté, grâce à cette réaction, ils ont au moins retenu deux noms sur tous ceux qui les ont précédés et leur ont succédé.

Osez les livres : Si tu devais imaginer un avenir à Mattia, comment l’imaginerais-tu ?

Cloé Mehdi : Désolée, je ne peux pas répondre. Mes romans s’arrêtent là où mes idées s’arrêtent aussi, quand j’estime qu’il n’est pas nécessaire d’en dire plus et même d’en imaginer plus. Après tu vois l’ambiance de Rien ne se perd… assez noire, à l’image des vies qui y sont décrites. Franchement j’ai du mal à conceptualiser le coup du « et ils eurent une longue vie heureuse ». (Je dis « ils » parce que l’existence de Mattia est intrinsèquement liée à celle des autres personnages, Gabrielle, Zé, Gina… si je ne sais pas ce qu’ils deviennent, comment imaginer son avenir à lui?)

Osez les livres : Pour toi être la seule femme éditée par cette merveilleuse maison qu’est Jigal tu Le vis comment ?

Cloé Mehdi : Comme une élection ? Non, sérieusement, j’ai mis du temps à m’en apercevoir, j’avais pas fait gaffe aux noms des auteurs publiés chez Jigal. Être la première femme de quelque chose, en 2016, ça arrive pas tous les jours. J’avoue que je le case de temps en temps dans les discussions histoire de me la jouer pionnière.

Osez les livres : quels sont tes projets littéraires ? Ton troisième roman est-il en court d’écriture ? Et si oui quel en sera le thème ? (c’est de la curiosité mal placée, je Le conçois mais je suis curieuse)

Cloé Mehdi : Je dirai juste que j’en ai fini un en SF, actuellement en lecture, et que je suis en train d’écrire un autre roman noir, mais qui sait si je le finirai un jour. Rien de très concret donc. Rendez-vous dans quelques mois pour plus de nouvelles (j’espère).

Osez les livres : Es-tu une lectrice ? Et si oui quels sont tes genres et tes auteurs de prédilection ?

Cloé Mehdi : Ça dépend des périodes. Je lis un peu de tout, sauf les romans sentimentaux, très peu de classiques. Je raisonne moins en terme d’auteurs qu’en terme de titres. Ça me paraît logique, soit tu écris toujours la même chose et c’est chiant, soit tu essaies de te renouveler et, forcément, en tant que lecteur/lectrice, tu ne trouveras pas ton compte à chaque roman. C’est plutôt bon signe au final de ne pas aimer tous les livres d’un même auteur. En vrac : « Faillir être flingué » de Céline Minard, « Siddhartha » de Herman Hesse, « Océan Mer » d’Alessandro Baricco, « Les bébés de la consigne automatique » de Ryù Murakami, « Le Cahier » d’Agota Kristof, « Et quelquefois j’ai comme une grande idée » de Ken Kesey, « American Gods » de Neil Gaiman, « La ballade de l’impossible » de Haruki Murakami… et pour citer des auteur-e-s de pièces, « 4.48 Psychose » de Sarah Kane et « Le sang des promesses » de Wajdi Mouawad.

Le point de vue de l’éditeur : Jimmy Gallier, Directeur des Editions JIGAL.

Ce qui nous a séduit dans le roman de Cloé Mehdi
« Cette rage, ce désarroi, cette impuissance … On les prend de plein fouet dans les dents à la lecture. » a récemment dit un chroniqueur ! C’est d’abord ça qui nous a séduit dans Rien ne se perd, cette « claque » prise à la première lecture. Comme si Cloé Mehdi n’avait pris aucune précaution, n’avait mis aucune barrière, aucune limite à son écriture… C’est un roman « tripal » bourré d’émotions et de sensibilité et c’est aussi un roman tragique et désespéré. Et pour arriver à ça, – un véritable tour de force – , pour instiller ce malaise au fil des pages, il faut une capacité d’écriture hors norme, capable de retranscrire à ce point les émotions des personnages, capable de faire un roman de ces vies brisées… Et comme chez Jigal on adore dénicher des pépites qui sortent vraiment de l’ordinaire… Quelle force, quel talent !

Le Polar et du roman noir féminin en général
J’aurais tendance, au premier abord, à ne rien en penser. Un « bon » roman n’est pour moi ni masculin, ni féminin, c’est d’abord un « bon » roman… Certains diront qu’il y a parfois quelques différences… que les femmes sont plus ceci… les hommes plus cela… Mais est-ce vraiment important… J’attends d’un roman, a fortiori d’un polar, qu’il m’embarque, qu’il m’enrichisse, qu’il me surprenne, qu’il me nourrisse… qu’il laisse des traces en moi… Et je pense que le polar, comme la littérature d’ailleurs, n’a pas vraiment de sexe !

Pourquoi si peu de femmes à votre catalogue
Il en suffit parfois d’une seule… Aucun a priori de notre part. Nous n’avions jusqu’à maintenant pas reçu de manuscrit qui nous donne l’envie d’aller plus loin. Espérons que cela change !

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